Le bilan de la saison 2025-2026 du Centre de Formation avec Cédric Beal

Alors que la saison 2025-2026 s’est achevée, Cédric Beal revient sur le parcours des Espoirs et sur l’intégration réussie de nombreux jeunes issus du Centre de Formation au sein du groupe professionnel. L’occasion de dresser le bilan d’une année riche en enseignements pour la formation toulonnaise.

Quel bilan tirez-vous de la saison réalisée par les Espoirs, tant sur le plan des résultats que de la progression collective du groupe ?

Je l’avais déjà évoqué à l’intersaison dernière : cette saison s’annonçait comme une année de transition, avec une nouvelle formule de championnat et un effectif relativement jeune, marqué également par l’expérience des saisons précédentes, notamment cette finale perdue. L’objectif principal était d’abord de se qualifier pour la poule haute. Cet objectif a été atteint, parfois avec difficulté, notamment en raison des nombreuses blessures et des joueurs régulièrement appelés avec le groupe professionnel.

La deuxième partie de saison, en poule haute, a été plus compliquée. Deux éléments ont, selon moi, pesé sur la dynamique du groupe. D’abord, ma présence a été moins importante et je n’ai pas été remplacé, ce qui a forcément eu un impact sur l’encadrement quotidien et sur le cadre dans lequel évoluaient les joueurs. Ensuite, il y a eu cette défaite à domicile face à Toulouse. C’est un match que nous pouvions gagner, puisque nous menions encore à vingt minutes de la fin. Mentalement, cela a marqué le groupe. Les joueurs ont eu le sentiment que leurs ambitions s’éloignaient, ce qui a créé une forme de relâchement.

Cette équipe a parfois fonctionné dans les extrêmes : soit elle était capable de réaliser de très grandes performances, soit elle pouvait connaître des passages beaucoup plus compliqués. Cela s’explique aussi par sa jeunesse et par l’envie de reproduire les exploits des générations précédentes. Lorsque cela semblait plus difficile, le groupe a parfois eu du mal à rebondir.

Malgré cela, les joueurs ont su faire preuve de caractère lors des deux dernières journées. Nous avons dû composer avec de nombreuses absences, aussi bien chez les Espoirs qu’en équipe professionnelle, allant jusqu’à repositionner certains joueurs à des postes inhabituels. Pourtant, lors du dernier match à domicile, où il fallait éviter la dernière place de la poule, ils ont répondu présents et livré une très belle prestation. Cela démontre leur potentiel et leur capacité à élever leur niveau de jeu.

Je reste donc confiant pour la saison prochaine. Ce qui ressort notamment des entretiens individuels, c’est la nécessité de renforcer la cohésion du groupe. Il y a eu des périodes où cette cohésion était très forte, puis d’autres où elle s’est nettement affaiblie. Trouver un équilibre sur cet aspect sera essentiel. Néanmoins, les joueurs eux-mêmes ont reconnu qu’une véritable unité s’était créée en fin de saison, et ils se projetaient déjà vers la suite.

L’intégration des générations 2007 et 2008 devrait également faciliter les choses. Beaucoup de ces joueurs se connaissent déjà très bien, certains étaient déjà au Centre de Formation et avaient même participé à la présaison la saison dernière. Cela favorisera naturellement la création de liens et le développement d’une identité collective forte.

Enfin, il faut rappeler que le renouvellement des effectifs est permanent dans un Centre de Formation. Chaque année, une quinzaine de joueurs quittent le groupe et autant de Crabos intègrent les Espoirs, auxquels s’ajoutent quelques recrues. La saison passée, nous avions accueilli plus d’une vingtaine de nouveaux joueurs, ce qui demandait forcément du temps pour construire une véritable cohésion. Cette année, il y aura moins de recrues externes et davantage de continuité entre les générations. Nous disposerons donc d’un noyau plus solide et d’un effectif plus équilibré, ce qui est très encourageant pour la suite.

Cette saison, plusieurs joueurs issus du Centre de Formation ont eu l'opportunité d'évoluer avec l'équipe professionnelle, certains s'y étant même durablement installés. Quel regard portez-vous sur cette intégration ?

Si l’on s’appuie sur les chiffres, ils sont particulièrement parlants. Cette saison, 21 joueurs issus du Centre de Formation ont évolué au niveau professionnel. Parmi eux, 15 ont porté les couleurs du RCT en Top 14. À cela s’ajoutent les joueurs prêtés : sur les sept joueurs concernés, quatre ont évolué en Pro D2 et deux en Nationale.

Au total, les joueurs issus du Centre de Formation ont cumulé environ 225 feuilles de match au niveau professionnel cette saison, prêts compris. À titre de comparaison, nous étions à 92 feuilles de match l’an dernier. L’évolution est donc considérable.

Si l’on rapporte ce chiffre aux 21 joueurs concernés, cela représente en moyenne une dizaine de feuilles de match par joueur. Bien sûr, certains ont disputé près de vingt rencontres tandis que d’autres n’ont connu qu’une ou deux apparitions, mais cela montre que ces opportunités n’étaient pas ponctuelles. Il ne s’agissait pas simplement de répondre à un besoin immédiat : ces joueurs ont été intégrés dans une véritable démarche de développement, avec l’objectif de les préparer progressivement aux exigences du haut niveau. Plusieurs d’entre eux participeront d’ailleurs pleinement à la préparation estivale avec les professionnels.

Ces chiffres sont significatifs car, à ma connaissance, cela n’avait encore jamais été réalisé au club. Je serais d’ailleurs curieux de comparer avec les autres clubs de Top 14, mais je pense que peu affichent une telle dynamique. Cela démontre que le Rugby Club Toulonnais est aujourd’hui un club qui forme et qui fait confiance à ses jeunes.

Ce résultat est le fruit d’un travail engagé depuis quatre ans. Il a fallu reconstruire une relation de confiance avec ces jeunes joueurs, leur transmettre les exigences du très haut niveau et faire preuve de patience afin que les générations 2003, 2004 et 2005 atteignent une certaine maturité. Ils ont encore une marge de progression importante, mais ils commencent aujourd’hui à récolter les fruits de ce travail.

C’est particulièrement encourageant pour l’avenir. Si les générations 2006, 2007 et 2008 suivent la même trajectoire, nous pouvons imaginer que, dans quelques années, une part importante de notre effectif professionnel aura été formée au club ou sera passée par notre Centre de Formation.

Au-delà des chiffres globaux, certains matchs illustrent parfaitement cette réussite. En dehors de la rencontre disputée à La Rochelle, nous avons connu plusieurs feuilles de match avec treize joueurs étaient passés par notre Centre de Formation. À Montauban notamment, huit ou neuf joueurs encore officiellement pensionnaires du Centre étaient présents sur la feuille de match. Certes, le contexte des blessures a parfois accéléré les choses, mais ces jeunes ont su saisir leur chance et démontrer qu’ils avaient leur place à ce niveau.

C’est extrêmement positif pour la formation. Car notre mission première n’est pas nécessairement de remporter le championnat Espoirs, même si cela reste un objectif. Notre véritable rôle est de former des joueurs capables d’évoluer au niveau professionnel, idéalement en Top 14 avec le RCT, mais aussi dans d’autres clubs de Top 14, en Pro D2 ou même en Nationale.

Aujourd’hui, tous les clubs forment de nombreux joueurs, mais le nombre de places disponibles au niveau professionnel n’a pas augmenté. Certains jeunes se retrouvent donc en Nationale ou en Fédérale alors qu’ils auraient probablement le niveau supérieur. Cela illustre à quel point le passage vers le monde professionnel est devenu exigeant et compétitif. Notre responsabilité est donc d’accompagner au mieux chaque joueur afin qu’il puisse trouver sa place au plus haut niveau possible.

Est-ce qu'il y a un joueur qui ressort particulièrement, cette saison, parmi ceux issus du Centre de Formation ? Un joueur dont vous êtes particulièrement fier de voir l'évolution et la réussite au plus haut niveau ?

C’est toujours difficile de ne citer qu’un seul joueur, car plusieurs d’entre eux ont réalisé de très belles choses cette saison. Mais si je dois en mettre un particulièrement en avant, ce serait Léo Ametlla.

Depuis son arrivée au club, il a toujours été exemplaire dans son investissement et son attitude. Cette année, il a véritablement franchi un cap et s’est révélé aux yeux du grand public à son poste. Si je ne devais retenir qu’un nom, ce serait donc le sien.

Après, je pense également à Pierre Damond. Le voir devenir capitaine de l’équipe professionnelle est un symbole fort. C’est une belle reconnaissance de son parcours et de ses qualités humaines. Au-delà du joueur qu’il est devenu, cela démontre aussi son leadership et sa capacité à fédérer un groupe.

Bien sûr, d’autres jeunes sont également en train d’émerger et mériteraient d’être cités, mais si je dois retenir deux exemples marquants de cette saison, ce sont Léo Ametlla pour sa progression et Pierre Damond pour ce qu’il représente en termes de leadership et d’exemplarité.

Le fait de voir Pierre Damond porter le brassard de capitaine vous a-t-il particulièrement touché ?

Plus que touché, c’est une véritable fierté. C’est un message très fort envoyé à tous les jeunes du club, mais aussi à l’ensemble de nos joueurs. Cela montre que nous sommes capables de former non seulement de très bons joueurs, mais aussi des hommes capables d’assumer des responsabilités et d’incarner des valeurs fortes de leadership.

Voir Pierre accéder à ce rôle, c’est la preuve concrète que le travail effectué au sein du Centre de Formation porte ses fruits. C’est une immense satisfaction et un signal très positif pour tous ceux qui suivent le même chemin aujourd’hui.

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